Réussir sa prépa ou préparer sa réussite

« Résilience à l’effort »… Surprise que de constater, dans des « post » récents, ces deux termes associés. La classe préparatoire devrait-elle donc être vécue comme un traumatisme ? Comment, dès lors, expliquer qu’autant d’étudiants la regrettent et y s’en souviennent avec le recul – certes d’une mémoire qui peut jouer des tours – comme le meilleur de leurs études, « un moment unique dans la vie où chaque jour, je me demandais ce que j’allais encore apprendre » (Olivier Leconte, Professeur de finance à Centrale Paris) ?

Autre idée reçue, si facile qu’elle ne mérite que peu de considération : la classe préparatoire formaterait, étoufferait l’esprit critique, l’initiative personnelle… L’usage du singulier permet souvent d’attaquer des abstractions. Ceux qui ont vécu des classes préparatoires le savent : la classe préparatoire, au singulier, ne signifie pas grand-chose. Il existe des classes préparatoires.

Quand un professeur renonce à l’usage d’un mot au motif qu’il risque d’être ignoré de la majorité de son public plutôt que d’en apprendre le sens (voir article du Figaro), lorsque l’éloquence, les coachings (de quoi ?), se substituent aux compétences, l’éducation est dévoyée. Elle démissionne au lieu de résister.

Lorsque la classe préparatoire s’oriente vers la vente de la « dissertation parfaite » ou en kit parce qu’elle donnerait – soi-disant, car à un très petit nombre – une chance d’intégrer une grande école, la classe préparatoire est dévoyée. S’il s’agit d’y promouvoir l’égoïsme et non l’émulation, d’y confondre éducation et humiliation, la classe préparatoire est dévoyée. Lorsque la classe préparatoire intègre des étudiants dont il apparaît clairement que ni les acquis, ni la motivation ne peuvent laisser espérer une intégration autre qu’hasardeuse, elle est dévoyée. « Plus les étudiants sont longs à avoir un diplôme, plus la marge d’EBITDA est forte » s’est entendu dire un jour un ancien étudiant intéressé par l’éducation à laquelle il disait tout devoir.

Un des ressorts de l’atténuation des risques du matérialisme individualiste – de l’hybris – chez Tocqueville est l’éducation. La bonne éducation est « pédagogie de l’intérêt », tempérance de l’individualisme pour lui éviter de devenir égoïsme. Il revient à la classe préparatoire avec son degré d’exigence, comme à toute autre excellente formation qui respecte le sien, d’y participer.

Si elle résiste aux sirènes de former des « crétins diplômés » – pour reprendre les mots durs d’Emmanuel Todd –, elle mérite d’être défendue : elle est, notamment, le moment de la prise de conscience de capacités de travail inexplorées jusque-là, elle est un lieu où s’exprime le goût – et non le traumatisme – de l’effort. Voir Federer comme Nadal répéter leurs gammes aux entraînements qui se succèdent, voir celui qui est peut-être déjà un virtuose jouer et rejouer ses gestes, exercer ses doigts, respecter une méthode avec le goût de l’effort avant d’apparaître sous les feux de la rampe est beau. Peu de lumière sans travail de l’ombre. L’effort présent est gage de réussite et de plaisirs futurs. Mais il est également bon per se, en soi. Lorsque la nature donne au corps et à l’esprit la chance de fonctionner, ils méritent qu’on y prête attention avec une certaine exigence.

La classe préparatoire bien pensée, non dévoyée, est une magnifique étape de la vie intellectuelle comme professionnelle. Elle peut être le moment où la réflexion personnelle sur les problèmes sociétaux se forge, où les idées héritées sont contestées ou confirmées, avant d’aller apprendre un métier pour participer à une division du travail qui fait société. Travailler ensemble y est possible comme travailler seul. Concourir en est l’aboutissement ? Agon. Oui, préparation à la vie qui n’est pas que cela mais est aussi cela. L’esprit de compétition est sain, associé au respect de règles communes, lorsque le résultat d’un classement – à l’intégration comme à la sortie – reste un symbole fugitif et non l’élément déterminant d’une vie.

La classe préparatoire n’a pas pour objectif direct de préparer à un emploi rêvé, une carrière ambitieuse. Indirectement toutefois, plus les compétences sont bien partagées, plus les chances de voir des emplois créés – et non seulement à pourvoir – s’élèvent. Dans un contexte d’inflation des diplômes qui ne peut manquer peu à peu d’affecter les diplômés de grandes écoles qui se multiplient et multiplient leurs formations, elle peut demeurer ce moment durant lequel se révèle et se trouve valorisée l’exigence envers soi-même. Qui est aussi respect de l’autre.

David Colle

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